… ou Robots de l’Aube ? Avec ce titre en l’hommage à l’ami Asimov, je m’en viens vous présenter l’International Robot Exhibition, l’une des plus importantes conventions de robotique prenant place dans la patrie des androïdes et autres ASIMO. Direction donc le Tokyo Big Sight, site d’expositions situé sur l’île artificielle d’Odaiba, en plein centre de la baie de Tokyo, pour un aperçu des dernières trouvailles des entreprises japonaises en robotique.
Mais tout d’abord, tachons de comprendre pourquoi le Japon s’est ainsi imposé comme leader dans ce marché de la robotique – il détient 60% du marché mondial – , et orienté une bonne partie de sa recherche industrielle vers cet axe de recherche et ce, depuis le début des années 90. Il s’avère en fait que le Japon se trouve actuellement dans une crise démographique sans précédent : le taux de natalité est très bas (1,36 enfants par femme) et ne se suffit pas à assurer le renouvellement de la population, et le vieillissement de la population cause un réel problème dans le pays où l’espérance de vie est la plus importante au monde (le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans devrait ainsi dépasser 40% de la population totale d’ici 2050). Le développement de la robotique de service s’est ainsi imposé comme un moyen de contrer l’évolution de la démographie japonaise. Le gouvernement japonais finance dans cet objectif près de 20% de la recherche et du développement en matière de robotique (ne comparez pas au budget gouvernemental de la recherche en France, vous allez vous faire du mal).
Toujours est-il que les robots se sont vite imposés comme un moyen de combler le manque d’ouvriers non-qualifiés dans le pays, et de remplacer l’homme de manière générale dans tous les travaux jugés répétitifs, dangereux, ou ingrats. Le parfait exemple pouvant illustrer ces propos réside dans l’une des premières démonstrations auxquelles nous avons pu assister, celle du robot Nextage de Kawada Industries. Aux apparences vaguement humanoïdes (les développeurs l’ont ainsi muni d’un tronc, de deux bras et d’une tête), le Nextage est ainsi capable d’effecteur nombre d’opérations, et de manipuler et altérer des pièces mécaniques avec dextérité. Ses constructeurs ont également poussé le vice jusqu’à faire hocher de la « tête » le robot au poste de contrôle lorsqu’il valide le montage d’une pièce. Un brin dérangeant, tout de même.
Le robot Nextage, par Kawada Industries (publié par plasticpals1)
Le but n’est cependant pas de remplacer entièrement l’homme dans les entreprises, mais plutôt de l’assister, à travers une égale répartition des rôles. Ce sera cet unique point qui permettra de les faire accepter, à la fois dans les compagnies et dans la société. Quoique, sur ce dernier point, le plus gros est déjà fait : une grande partie du public japonais a déjà accueilli à bras ouverts ces machines, en grande partie grâce à leur vulgarisation par les spécialistes en robots industriels.
On pourra ainsi croiser dans les allées de la convention un robot de la firme Yaskawa, le Motoman, en train de préparer des okonmiyakis, sortes de crêpes salées épaisses fourrées aux légumes ou plus loin, le même robot en train d’effectuer une chorégraphie, brandissant fièrement des éventails sous le nez des passants amusés. Des petits automates de divertissement traversent les allées en dansant, tournant, chantant, voire volant, et démontrent clairement cette volonté d’acclimater le grand public à la présence de ces objets animés.
D’un point de vue plus utile, on peut également trouver des robots d’assistance divers et variés : androïde serviteur, capable de répondre à la moindre de vos demandes (récupérer un aliment dans le réfrigérateur, un journal sur une table, et vous les apporter, par exemple), cadre permettant de tourner les pages d’un livre avec délicatesse, ou borne de supermarché ambulante. Tous ces robots sont majoritairement destinés à accompagner des personnes incapables d’effectuer certaines actions par elles-mêmes : une manière de répondre au vieillissement de la population énoncé plus haut.
D’un point de vue plus médical, on retrouve des automates capables d’effectuer des opérations plus pointues. Des mains bioniques se saisissent d’aiguilles posées sur une table (chose pour laquelle on galère pas mal soi-même), attrapent des ballons ou des sushis (!). Destinés à devenir prothèses ou moyens de manipuler des objets à distance, elles en deviennent d’autant plus impressionnantes quand, répondant à leur poignée de main, on se prend à vouloir saluer ce bras artificiel comme on le ferait pour un humain. Des démonstrations montrent également des humains manipuler ces membres à distance, qui suivent au micromètre près le déplacement de chaque doigt. Parfait pour les manipulations délicates, donc (je pense notamment à des applications dans le domaine de la chirurgie ou de la chimie, lors de manipulations en salles blanches).
Un bébé phoque en peluche nous couine aux oreilles, et possède de même une application thérapeutique : tenant compagnie aux personnes âgées en maison de repos, il a prouvé son efficacité en réduisant les symptômes dus au syndrome d’Alzheimer. A quelques mètres de celui-ci siège un autre androïde, capable selon ses concepteurs de procéder à un accouchement (testé sur des chiens apparemment). J’avoue que j’hésiterais à lui confier rien que mon hamster…
D’un point de vue plus industriel, les différents entreprises présentes quant à elles leurs derniers modèles de chaînes et de robots manipulateurs : la tendance du moment semble d’ailleurs être aux « multi-bras », où les effecteurs sont reliés à la base par une demi-douzaine de bras mobiles indépendants, qui augmentent la célérité et la précision de son mouvement. Diverses démonstrations montrant des machines assemblant des circuits composés, plaçant des pilules dans des boîtes, etc. permettent de prouver les capacités de ces engins.
Un bras mobile occupe également une bonne partie du salon, capable de soulever jusqu’à une tonne, et pouvant faire effectuer à l’objet ainsi porté moult translations et rotations. Le robot que l’on voyait plus tôt confectionner les okomiyakis se voit ainsi charger d’assembler un moteur, tandis qu’un autre manipule un laser haute-précision. Toujours dans l’objectif de minimiser les efforts subis par l’homme, on voit également poindre quelques exemples d’exo-squelettes, appareils destinés à renforcer les capacités de l’utilisateur : lors de la démonstration, on pouvait ainsi voir des cobayes porter sans difficulté aucune une trentaine de kilos (du moins jusqu’à ce que l’expérimentateur ne coupe le circuit).
Enfin, dernier point, et peut-être le plus impressionnant (inquiétant ?) de tous, la présence d’androïdes à apparence humaine sur le salon a fini de démontrer l’avancée technologique dans le domaine de la robotique du Japon. Passant à proximité d’un stand, je remarque une hôtesse assise, répondant aux questions (simples) des visiteurs. En s’approchant un peu plus – et seulement à cet instant – on peut cependant remarquer que cette hôtesse est en fait un cyborg intégral, reproduisant très fidèlement des mouvements humains.
Et quand on sait que le Japon annonce les premiers robots « intelligents » pour 2015, on peut imaginer n’être pas si loin du but, effectivement.
Article rédigé durant l’écoute de Hymn to the Immortal Wind, de Mono.
A lire sur le même sujet :
- Aujourd’hui le Japon, actualités diverses concernant la robotique.
- Live Japon : des nouvelles des robots, par Vincent Ramarques









un tres bon article, je pense que cela va m’aider merci !