« Là, tout n’est qu’ordre et beauté » ? Ordre, certainement. Ensuite, il faut avouer que si l’on apprécie les hyper-structures de quelques dizaines d’étages aux architectures alambiquées, on peut également y trouver une forme de beauté. Je vous parle ici bien évidemment du quartier de la mode, du luxe et des prix exorbitants : Ginza.
Ce quartier, situé en plein centre-ville de Tôkyô, porte plutôt bien son nom : Ginza (銀座) signifie littéralement « monnaie d’argent » en japonais (celle-ci ayant été établie dans ce même quartier durant l’ère Edo – en 1612 exactement, quelques années après que Tôkyô soit devenue la capitale du pays). Depuis cette époque, et jusqu’à nos jours, Ginza a toujours été un quartier dédié au commerce, pour devenir l’une des zones d’achats les plus chères au monde.
Ce n’est pourtant pas tant pour le luxe que pour l’architecture impressionnante du quartier que j’ai décidé de m’y rendre durant la Silver Week (courte période de vacances ayant lieu à la mi-septembre [1] ). En effet, avec les sièges d’une bonne partie des plus importantes compagnies au monde en son sein, Ginza peut se vanter de détenir des chefs-d’œuvre d’architecture, rendus possible par les budgets impressionnants alloués par les entreprises pour leur construction.
Ginza (銀座)
A peine sortis du métro à la station de Ginza, nous voila donc arrivés face au bâtiment représentatif du quartier : le Wakô Department Store, bâtiment construit au début du XXème siècle, et abritant moult articles de haute facture, des porcelaines aux montres et autres bijoux. L’horloge et son style néo-renaissance le rendent facilement identifiable au milieu des immeubles hyper-modernes l’entourant.
Après avoir traversé le fameux croisement muni de ses passages piétons en diagonale – ressemblant clairement à celui de Shibuya – nous nous enfonçons à présent plus avant dans le quartier. Heureuse surprise que de constater que la rue est fermée à la circulation en cette période de jours fériés, permettant de profiter du quartier sans être emporté par la foule (qui nous traîne et nous entraîne, etc.) …
On peut immédiatement constater que l’espace est pour le moins cher ici : un petit magasin L’Occitane peine à s’insérer entre deux buildings, et semble jouer des épaules pour profiter des quelques deux mètres de largeur qui lui sont alloués pour présenter ses produits. De manière générale, pour pallier au coût du mètre carré, les entreprises ont décidé de promouvoir un développement à la verticale, cela entraînant l’enchaînement de boutiques étroites mais s’étalant sur plusieurs étages.
Certains grandes compagnies au budget manifestement plus important en profitent pour asseoir leur domination : un Apple Store d’une dizaine d’étages ne lésine pas sur les moyens pour appâter le client. Pas moins de six étages accessibles, des centaines d’appareils pouvant être testés à volonté, des salles de conférence, des événements réguliers, et j’en passe… Le bâtiment en lui-même rappelle fortement la politique et le design d’Apple : sobre, gris métallisé, efficace !
Quelques mètres plus loin, c’est au tour de Sony d’étaler ses possessions : encore une fois, une grande majorité de leurs produits est présentée au public, qui peut les tester à satiété. L’extérieur du bâtiment n’a rien d’exceptionnel, mais l’intérieur, constitué d’une succession de demi-paliers, en fait un lieu très ouvert et moderne. Outre le test d’un bon nombre de lecteurs MP3 et autres casques audio, j’en aurai également profité pour tester le fameux Rolly, robot strictement inutile (donc indispensable) permettant d’associer du mouvement au son transmis par un lecteur MP3. Au final, on a donc un objet ovoïde changeant régulièrement de couleur et ouvrant ses « oreilles » en rythme. Oui, inutile, c’est le mot…
Bref, poursuivant un brin notre route, nous passons successivement nombreuses figures de la mode : un « Printemps » s’élève ici, suivi d’autres temples du luxe : Channel, Prada, Dior, se succéderont dans un ballet d’enseignes aux lettres dorées et aux vitrines présentant des articles clinquants dépourvus de prix (ce qui veut tout dire). L’architecture psychédélique du building de la bijouterie De Beers (ci-dessus), retiendra tout particulièrement mon attention, et me fera douter de la santé mentale de son architecte…
Une autre chose étonne cependant, alors que l’on parcourt ces avenues aussi peuplées que les Champs-Elysées un jour de solde : l’absence de bruit. Bien que parcourues par des milliers de personnes et de véhicules simultanément, le silence est inquiétant, presque effrayant. Chose due au silence naturel des japonais, à la prolifération des voitures hybrides ou au fait que j’aie vécu 2 ans durant dans l’agglomération marseillaise, peu réputée pour le calme naturel de ses habitants, toujours est-il qu’elle est un brin dérangeante.
En empruntant l’une des rues transverses, on peut également sur deux éléments typiques de la culture japonaise, l’un strictement moderne, l’autre clairement traditionnel. Pour le premier, je veux parler des fameux hôtels-capsule, hôtels à l’origine destinés aux businessmen devant rester tard au sein de l’agglomération tokyoïte, et constitués de chambres minuscules et pourvues de la seule chose permettant de les désigner en tant que telles : un lit, placé dans un compartiment d’un mètre sur deux, pour un mètre de hauteur généralement. On se retrouve ainsi avec un couloir constitué d’une série de « chambres » ressemblant plus aux casiers d’une morgue qu’à un hôtel. Bizarrement, il semblerait que le concept n’est pas trop fonctionné à l’étranger… Etonnant, non?
Le seconde élément typique, et traditionnel donc (bravo, vous suivez !), est le théâtre Kabuki-za (歌舞伎座), le plus fameux théâtre de kabuki de Tôkyô. Sans vouloir rentrer dans les détails, le kabuki est une forme de théâtre traditionnel japonais, plutôt orienté sur son côté épique. Ses principales caractéristiques sont certainement le maquillage des personnages, sensé renforcer leurs traits caractéristiques, ainsi que les changements de décor qui s’effectuent sans interruption de la pièce – pièce qui peut parfois durer jusqu’à cinq heures (les trois heures et demi de Richard III ou du Roi Lear doivent sembler courtes en comparaison).
Le Palais Impérial
Tout d’un coup, au détour d’un carrefour, le ciel semble se dégager, l’horizon se dessiner : les immeubles s’effacent soudainement pour laisser place à une large étendue verdoyante : des murailles de pierre se dressent, peinant à masquer les silhouettes des arbres qui se dessinent derrière celles-ci. Une large douve s’étend au pied du rempart, marquant clairement la séparation entre l’urbanisation grandissante de Tôkyô et la résidence de l’empereur, lieu intemporel.
Il ne nous sera cependant pas permis de visiter celle-ci, l’empereur habitant toujours dans l’enceinte de ces murs. Le palais n’est ainsi ouvert au public uniquement que deux jours par an, pour l’anniversaire de l’empereur et le nouvel an. On peut cependant distinguer les habitations impériales depuis l’extérieur, l’imagination complétant le reste de la scène. Le trône du chrysanthème (symbole de l’empereur) restera donc inaccessible.
Nous devrons ainsi nous contenter de visiter les jardins de l’Est, séparé des autres parties du domaine par de nouvelles douves, intérieures cette fois-ci. Les jardins, larges étendues verdoyantes entrecoupés d’étangs, sont plantés de conifères taillés « à la japonaise », à la manière de bonsaïs géants. Le lieu est pour le moins traditionnel, et se rapproche probablement de l’image commune du jardin japonais, empreinte d’une sérénité sans égale. S’ajoutent à ceci un nombre impressionnant de cerisiers, qui doivent sublimer le lieu lors de leur floraison (célébrée à travers tout le Japon lors du 花見[hanami : litt, regarder les fleurs] ).
La Diète
Sortis du palais, il ne nous reste que quelques mètres à parcourir pour atteindre les bâtiments du parlement japonais : la Diète (国会 [kokkai]. Elle abrite les deux chambres japonaises : la chambre des Représentants (comparable à notre Assemblée Nationale), et la Chambre des Conseillers (assimilable à notre Sénat). Ce système législatif à deux pendants existait déjà avant la réforme politique ayant eu lieu à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et il en est de même pour l’imposant bâtiment l’abritant.
L’empereur actuel (明仁 [Akihito], pour rappel), quand à lui, n’a plus qu’un pouvoir représentatif, et chacune de ses décisions doit être validée par les deux chambres de la Diète et le Cabinet (composé de l’ensemble des ministres) pour pouvoir être appliquée, cela étant imposé par la Constitution du Japon instituée par les américains après la Seconde Guerre Mondiale. A savoir également que c’est cette même constitution qui interdit au Japon de posséder une armée régulière.
Nous profiterons de notre présence dans le centre de la ville pour effectuer un petit détour par Akihabara, quartier de l’électronique et des mangas, mais faute de guide assermenté, nous avons seulement subi la foule et certainement manqué l’essentiel : j’y retournerai donc sans faute afin de pondre une note en bonne et due forme !
Article rédigé durant l’écoute de l’album 01011001 de Ayreon.
Notes
[1] Petite anecdote somme toute amusante sur la Silver Week japonaise : comme précisé plus haut, ces vacances peuvent avoir de manière plus ou moins aléatoire début septembre. Petite explication : la loi japonaise impose que, s’il se trouve un jour non-férié compris entre deux jours fériés, celui-ci se transforme à son tour en jour férié. Or, début septembre, se trouvent deux jours fériés consécutifs : le jour des Personnes Agées (troisième lundi de septembre), et l’équinoxe d’Automne (déterminé astronomiquement). Il arrive donc que ceux-ci se trouvent espacés d’une seule journée, créant ainsi la Silver Week. Ainsi, les japonais pourront profiter de ces mini-vacances en : 2009, 2015, 2026, 2032, 2037, 2043, 2049, etc. Quel autre pays que le Japon pouvait inventer les vacances non-régulières, je vous le demande ?










je cite : « fameux Rolly, robot strictement inutile »
hum….. c’est un peu abusay là Tibo!
Aucune arrière pensée ! Non, vraiment ! ^^